EnnéagrammeVie chrétienne

Joseph ou le Comte de Monte-Cristo (6/7), récit comparés

Et alors, ces deux-là, Dantès et Joseph, de quels profils de personnalité sont-ils ?

Épineuse question à laquelle nous ne pouvons offrir qu’une réponse partielle. Dans la déontologie de l’ennéagramme, la détermination du profil de personnalité nécessite une double observation : de l’intérieur, par la personne même qui cherche à se connaître et de l’extérieur, par un professionnel compétent de l’ennéagramme qui pourra l’accompagner sur ce chemin de connaissance.

Ici, nous ne pouvons présenter que l’observation extérieure de Dantès et Joseph et quelques éléments intérieurs tels qu’ils nous sont livrés par les narrateurs des deux récits[1].

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Le profil de Dantès

 

Plusieurs indices concordant nous permettent de situer Dantès sur le cercle de l’ennéagramme dans le profil 8. Les citations que nous avons distillées tout au long de ces posts manifestent la fixation de vengeance qui occupe la plus grande partie de l’ouvrage de Dumas. Vengeance passionnée que tout lecteur, et jusqu’à Dantès lui-même qualifiera d’excessive. Ajoutons une orientation notoire de puissance à ce meneur d’homme, capitaine avant l’heure, évadé à la résistance physique exceptionnelle et souhaitant rivaliser avec Dieu sur le terrain de la puissance.

Notons aussi la forte répression du centre émotionnel (variante alpha). Dantès se ferme à la grâce et à l’amour, vingt ans durant, pour pouvoir accomplir sa vengeance, sa propre justice, qui sème la mort autour de lui et jusqu’en lui.

Enfin, la planification soignée de la vengeance, la dimension très active de Dantès ou encore la dernière tirade « par toi je me rattache à la vie, par toi je puis souffrir, par toi je puis être heureux » plaident pour une aile dominante en 7.

 

Le profil de Joseph

Les indices nous semblent moins nets en ce qui concerne Joseph. Remi J De Roo situe Joseph dans le profil 5[2], en relevant notamment le mécanisme d’isolation qui joue à plusieurs reprises dans le récit, la sagesse et l’énergie mentale de Joseph. Il note une répression du centre instinctif, Joseph étant présenté comme peu actif au milieu de ses frères et subissant davantage l’histoire que la dirigeant. D’autres auteurs ont proposé un profil 8, soulignant la dimension de domination qui transparaît dans les rêves de Joseph et interprétant le fil de l’histoire comme une vengeance, ou encore un profil 4, soulignant la différence entre Joseph et ses frères. Notre lecture ne va pas en ce sens. Nous aimerions proposer une autre possibilité, celle du profil 6.

Il nous semble possible de lire l’orientation fondamentale de Joseph comme celle de la loyauté tout au long de son récit de vie, loyauté qui doit toujours opérer à l’égard d’une partie plutôt que d’une autre. Ainsi, il se pourrait que Joseph rapporte à son père les mauvais propos de ses frères par loyauté à son égard plus qu’à l’égard de ses frères. Loyauté ensuite à l’égard de son maître égyptien Potiphar qu’il sert en respectant scrupuleusement les limites et en refusant la proposition adultérine de son épouse. Loyauté ensuite en prison, au panetier et à l’échanson à qui Joseph révèle leurs fins, en demandant à l’échanson de lui être loyal par la suite : « souviens-toi de moi et agis avec fidélité envers moi… » (Gn 40.14). Loyauté ensuite à Pharaon qu’il sert fidèlement. Loyauté envers sa famille d’origine qu’il finira par accueillir pour que la vie se déploie, même au-delà de la mort de son père Jacob (Gn 50.19-21). Loyauté par-dessus tout au Dieu de la vie auquel Joseph se soumet dans tous les événements de vie.

L’énergie mentale nous semble très présente et se manifeste dans le stratagème et dans les tests répétés que Joseph met en œuvre auprès de ses frères. Ils lui permettent de connaître les intentions réelles de ceux-ci, d’explorer le chemin qu’ils ont parcouru lors de leurs vingt années de séparations. La projection apparaît au moment des retrouvailles lorsque Joseph accuse ses frères d’être des espions. Ils ne le sont pas, mais c’est bien lui que Jacob avait envoyé pour « espionner » ses frères et c’est encore lui qui les espionne, dissimulé sous les traits du gouverneur d’Égypte.

Le centre émotionnel semble bien à l’œuvre, sans excès, ni défaut. Dans la douleur de la trahison, la complexité des attachements, Joseph pleure à plusieurs reprises. Devant ses frères qui ne le reconnaissent pas, Joseph pleure également. Devant ses frères remis en situation de loyauté ou de trahison à l’égard de Benjamin, Joseph ne peut plus contenir ses larmes.

 

Le profil surdéterminé par l’histoire et le but

 

Notre intention n’est pas de donner une supériorité à un profil sur un autre. Mais plutôt de constater combien les profils de caractère ne disent rien en eux-mêmes. Ils s’expriment en s’adossant à une histoire et à un but. L’Edmond Dantès que nous livre Dumas n’aurait pas été le même s’il n’avait pas vécu une ignoble trahison et s’il n’avait pas envisagé sa destinée comme celle de punir ses malfaiteurs.  Le profil 8 donne alors une forme particulièrement énergique et déterminée à cette histoire et à ce but. Mais un autre profil pris dans la même histoire et le même but aurait probablement donné un récit assez proche.

Ainsi, quel que soit notre profil sur le cercle de l’ennéagramme, il est important de noter que la manière dont nous allons habiter notre caractère provient largement de l’histoire qui nous porte et de la vision vers laquelle nous tendons. Et peut-être plus qu’une comparaison entre un caractère 8 et un caractère 5 ou 6, les deux récits nous offre une comparaison entre une histoire de vie surdéterminée par une vocation punitive (Dantès) et une histoire de vie surdéterminée par une vocation pardonnante (Joseph). Beaucoup voient dans la figure de Joseph une préfiguration de la figure du Christ qui porte le pardon à sa perfection. (a suivre)

 

[1] Pour quelques développements intéressants sur le positionnement du narrateur dans le récit biblique, voir l’ouvrage classique des débuts de l’analyse narrative : Robert Alter, L’art du récit biblique, Bruxelles, Lessius, 1999.

[2] Remi J De roo, Pearl Gervais, Diane Tolomeo, et al., Bible et ennéagramme: neuf chemins de transformation à travers des figures bibliques, Paris, Albin Michel, 2013.

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